Vieilles pierres L'église du 12ème siècle Aujourd'hui Quai à vendanges Commanderie Origine .. Retour AccueilROQUEBRUNE ..
Un peu d'histoire .. Le bourg de Roquebrune et son histoire au moyen âge .. Sur la route de la Réole à Monségur, qui donc s'arrêterait à mi-chemin pour visiter l'église ou la commanderie de Roquebrune ?? Personne à moins d'y être invité par des amis, car si elle domine la route, elle ne se laisse guère apercevoir du voyageur pressé. A peine devine t-on la présence d'une église en voyant du haut de la côte du "Paradis", qui sépare Saint Hilaire de la Noaille de Roquebrune, un humble campanile de pierre grise à demi caché par les cyprès du cimetière. Mais remontant de Monségur vers la Réole, pour ceux qui savent regarder, la Commanderie et sa chapelle se dressent au sommet d'un rocher abrupt, majestueuses et imposantes dans leur robe de pierres patinées par les siècles. Voici d'abord le chevet à fond plat de l'ancienne chapelle ornée primitivement d'un vitrail dont l'ouverture est aujourd'hui maçonnée, puis les murs épais (1m 05) de la Commanderie, vieux refuge de pèlerins et des malheureux. Des planches dues à la main experte du baron de Marquessac, montre qu'en 1864 des constructions occupaient la terrasse qui sépare les deux bâtiments, il ne reste plus qu'un tronçon de mur de l'ancien pont-levis, De la grande route, un petit chemin blanc y grimpe en 200 mètres Après avoir franchi le porche couvert, devant l'église, on pénètre dans la cour de la Commanderie. Au centre, creusé dans le rocher, à 16 m de profondeur, se trouve le puit qui depuis des siècles à fourni une eau pure et fraiche. Du bord de la terrasse, par temps clair, un vaste panorama s'offre aux regards. Roquebrune domine en effet la verte et riante vallée du Dropt dont les coteaux et les terrasses portent les villages de Neuffons, Couture, le Puy et Dieulivol. Sur la rive gauche, se découpent sur l'horizon les clochers de Monségur et de Saint Sulpice. Au premier plan, en contrebas, l'ancien moulin fortifié de Roquebrune puis un peu plus haut, la vieille demeure de la famille de Fournetz et, sur les coteaux de Saint Sulpice, les ruines imposantes du château de Cazes (14ème et 15ème siècle), le plus ancien monument militaire de l'arrondissement de la Réole disait Léo Drouyn dans la "Guyenne militaire". Il est vraisemblable que la pierre dont fut construite la Commanderie a été extraite des carrières du fief de Cazes puisque le 31 Mai 1366, devant maître Rodolphe de Dormepoyre, notaire, et Thomas Waifiers, le prieur de la Réole produisit des titres et des témoins qui fixèrent les limites de ce fief, sauf la réserve de Roquebrune qui avait le droit de prendre des pierres dans la carrière de Cazes pour le dit hôpital (voir les archives de la Gironde et de Monségur ..). La date de fondation de Roquebrune est donnée par l'ensemble du bâtiment et précisée par les détails archéologiques .. contrefort à corbeaux de la façade nord, porche de la chapelle à tympan ajouré et de type militaire (assez rare dans le pays !), base des piliers intérieurs à griffes .. autant de caractères qui font conclure à une fondation du 12ème siècle par un ordre militaire . Léo Drouyn voit dans les griffes des piliers une caractéristique du 12ème siècle et le baron de Marquessac note que dans les églises de type militaire, les bases en sont pourvues (la Lande de Pomerol, Saint Hilaire de la Noaille, partie orientale de la nef de saint Macaire, sainte Radegonde). Les documents d'archives confirment en indiquant que la construction de cette Commanderie a été faite avant 1170 par l'ordre de Saint Jean de Jérusalem. Une charte de 1240 passée sous Henri II, Roi d'Angleterre, R. Billote étant Commandeur de Roquebrune montre que ce dernier a des droits L'acte qui eut pour témoins P. de Pins de Portal, Bertrand d'Aubomardin, Bidotz de Lessiac, G. Angiraud, A. d'Espagne, Garcien du Puch, concerne l'affranchissement de Pierre de Gironde et de tous ses héritiers par Bertrand de Beynhals. Pendant tout leur séjour sur les terres de Roquebrune, P. de Gironde et ses héritiers doivent payer chaque année au Commandeur de Roquebrune et au porte clés de l'hôpital deux sous bordelais à la Pentecôte. Si P. de Gironde quittait les terres de l'hopital, il serait comme devant, l'homme de Bertrand de Baynhals. Si donc, en 1240 le Commandeur de Roquebrune exerce le droit de s'affranchir, c'est que l'ordre est installé depuis longtemps pour faire valoir sa puissance. Cet ordre, un acte du 2 Septembre 1271, l'indique clairement, il s'agit d'une donation par Dignosia de Guillerargues aux Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, Commanderie de Roquebrune, des terres de Bourgueil. Actuellement, on trouve encore sur ce domaine des bornes portant la croix de Malte, insigne des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Enfin, un dernier document (Archive de la Gironde) daté de 1170 témoigne qu'existait à Roquebrune des Frères Hospitaliers. A cette date, l'évêque de Bazas, Guillaume Garcia de Benquet, délimite le fief de Cazes appartenant aux Bénédictins de la Réole, avec le consentement des parties intéressées. Ainsi, la Commanderie remonte au moins à la seconde moitié du 12ème siècle. Pendant de longues années, à l'ombre de ces hautes murailles, les moines soldats qu'étaient les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem durent, dans la chapelle, assis sur la banquette de pierre qui fait le tour des murs ou à genoux sur la dalle froide, s'adonner à la prière, et, dans l'hôpital, aux soins des malades , des pèlerins et des malheureux. Dans le bois qui leur appartenait, à l'ouest, sous les ombrages des chênes, les novices devaient s'entrainer au maniement des armes et s'apprêter ainsi à participer courageusement à quelques combats pour la défense de la terre Sainte et de la Chrétienté. Le soir, quand la nuit tombait sur la vallée du Dropt, une lumière brillait sur la hauteur de Roquebrune, guidant le voyageur ou le mendiant vers une hospitalière maison. Ces pierres que dore le soleil couchant ont sans doute encore beaucoup de choses à nous dire, elles qui ont vu passer tant de générations. Mais qui donc connaîtra jamais tous leurs secrets. D'après les notes de l'Abbé R. LATASTE